L’inassurabilité, une menace qui s’intensifie

En 2024, Swiss Re a averti que certaines régions devenaient « inassurables », après que le secteur eut largement sous-estimé l’impact des catastrophes naturelles en Europe. L’entreprise citait notamment le séisme en Turquie, les inondations en Allemagne ou encore les tempêtes de grêle en Italie, où les pertes réelles ne dépassaient pas les estimations de 10 ou 20 %, mais parfois avec des écarts de plusieurs ordres de grandeur. Selon Swiss Re, le problème était systémique : les modèles atteignaient leurs limites et le secteur manquait de données actualisées sur l’exposition et la valeur réelle des risques.

Deux ans plus tard, ces inquiétudes ne se sont pas dissipées. Dans mes échanges avec des assureurs et des réassureurs, je perçois la même urgence. Les pertes mondiales liées aux catastrophes naturelles continuent d’augmenter à un rythme annuel de 5 à 7 %, une tendance qui ne montre aucun signe de ralentissement. D’après le Swiss Re Institute, 2025 a marqué la sixième année consécutive durant laquelle les pertes assurées dues aux catastrophes naturelles ont dépassé les 100 milliards de dollars.

Alors que les phénomènes météorologiques extrêmes s’intensifient et que la valeur des actifs ne cesse de croître, l’écart entre le risque modélisé et les pertes effectivement subies continue de se creuser. Cet écart nourrit les interrogations quant à ce qui peut encore être assuré de manière économiquement soutenable. Face à cette réalité, le secteur cherche naturellement à renforcer la résilience de ses portefeuilles et à limiter l’impact des événements extrêmes. Cela passe par une meilleure prévention, une gestion plus efficace des pics de sinistres et une réflexion approfondie sur la manière d’intégrer l’intelligence météorologique dans la conception des produits et l’évaluation des risques.

Pourquoi les modèles météorologiques traditionnels ne suffisent plus

L’un des principaux défis tient encore aux limites des modèles et des services météorologiques traditionnels. Leur résolution spatiale est souvent trop grossière pour capter des risques très localisés, comme la grêle ou les crues soudaines. Et même lorsque les données existent, elles sont rarement fournies dans un format réellement exploitable, capable de s’intégrer sans friction aux processus de souscription ou de gestion des sinistres.

C’est précisément là que nous observons une évolution : vers une intelligence météorologique sur mesure, à la fois opérationnellement pertinente et suffisamment précise pour éclairer de véritables décisions financières.

Utiliser le passé pour évaluer un risque en évolution

À court terme, l’un des leviers les plus efficaces reste l’exploitation des données météorologiques historiques. À plus long terme, ce sont les données à haute résolution qui permettent réellement aux assureurs de quantifier le risque là où il évolue le plus rapidement. Lorsque certaines régions connaissent une augmentation de la fréquence des tempêtes de grêle ou des épisodes de vents violents, cette dynamique peut être intégrée avec davantage de précision dans les décisions de souscription et de tarification.

Chez Meteomatics, nous avons constaté que ce type de données aide les assureurs à passer d’une logique de réaction après sinistre à une gestion proactive des portefeuilles, en amont des pertes.

La prévision comme outil de prévention

La prévention et l’alerte précoce font elles aussi l’objet d’investissements croissants. J’ai échangé avec plusieurs entreprises qui s’appuient désormais sur des modèles de prévision à haute résolution pour anticiper des événements météorologiques sévères plusieurs heures, voire plusieurs jours à l’avance. Et cela change réellement la donne. Partager des prévisions fiables et en temps utile avec les assurés permet de réduire les sinistres évitables et, dans de nombreux cas, d’éviter des dommages se chiffrant en millions.

Cela contribue également à renforcer la confiance. Même lorsque des pertes surviennent malgré tout, la capacité à émettre des alertes précoces transforme la relation entre l’assureur et son client : elle passe d’une logique purement transactionnelle à une approche plus proactive et partenariale.

Des jours aux minutes : repenser la vérification des sinistres

Bien sûr, tout ne peut pas être évité. Lorsque le pire se produit, l’enjeu devient alors la vérification. Les déclarations de sinistre affluent rapidement et en grand nombre, et les contrôles peuvent prendre plusieurs jours. Dans ces moments-là, disposer d’un accès rapide à des données météorologiques fiables, permettant d’établir précisément ce qui s’est produit et où, peut faire toute la différence.

Des outils comme MetX Claims permettent de rationaliser ces processus de vérification, en réduisant des délais qui se comptaient en jours à quelques minutes dans de nombreux flux de travail, grâce à un accès simplifié aux preuves d’événements. L’avantage est aussi financier : le temps gagné représente des coûts économisés, en particulier lorsqu’il n’est plus nécessaire de mobiliser des ressources supplémentaires pour absorber les pics d’activité.

Le risque climatique comme variable stratégique

À plus long terme, les projections climatiques deviennent un élément central de la planification stratégique. Si une tempête coûte aujourd’hui cinq millions, combien coûtera un événement comparable dans cinq, dix ou vingt ans ? Les scénarios climatiques permettent d’anticiper l’évolution des profils de risque dans le temps et d’alimenter les exercices de stress test des portefeuilles.

Chez Meteomatics, nous accompagnons nos clients dans l’intégration de ces projections, afin de les aider à mieux anticiper les évolutions à venir et à adapter leurs stratégies en conséquence.

La qualité des données au cœur de la résilience

Tout repose sur la qualité, la résolution et l’accessibilité des données. Les données historiques affinés offrent le niveau de précision spatiale et temporelle qui fait réellement la différence face aux différents périls, en particulier la grêle, devenue une préoccupation majeure à mesure que la valeur des actifs et les coûts de réparation augmentent. Et parce que nos données météorologiques sont fournies via API, elles s’intègrent directement dans les flux de travail existants. Souscription, gestion des sinistres, analyse de portefeuille… tout devient plus rapide, plus fluide et mieux connecté.

La demande pour ces capacités ne cesse de croître. Ce qui était autrefois considéré comme des périls secondaires occupe désormais une place centrale dans les discussions des conseils d’administration. Et les conséquences financières des événements météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus difficiles à ignorer. La question est donc de savoir dans quelle mesure le secteur saura adapter ses outils et ses processus.

Oui, le monde s’approche peut-être d’un nouveau seuil d’assurabilité. Mais cela ne signifie pas que les assureurs sont impuissants. Au contraire, l’opportunité est immense de repenser la manière de gérer les risques liés aux aléas météorologiques. Ceux qui réussiront ne feront pas disparaître le risque, mais ils seront bien mieux positionnés pour préserver la solidité de leurs portefeuilles et continuer à remplir le rôle essentiel pour lequel l’assurance a été conçue.